Séminaire coorganisé par le Club de Sociologie de l'Université Galatasaray et le Centre de Recherches Sociales de l'Université Galatasaray: Foucault et le Pouvoir
Informations sur l'événement
Date et heure de début: 24.02.2026 18.00 Date et heure de fin: 24.02.2026 19.00 Lieu: Salle Münevver Soylu C316
Séminaire : « Foucault et le pouvoir »
Intervenant : Ferda Keskin (Université Bilgi)
Date : 24 février 2026
Cette rencontre a offert une traversée captivante de l’évolution intellectuelle de Michel Foucault, en se focalisant sur le tournant opéré dans les années 1970 autour de l'analyse des rapports de force. Ferda Keskin a retracé la trajectoire menant de l'archéologie des sciences humaines à une philosophie politique profondément ancrée dans l'étude des institutions et des corps.
Le fil conducteur de la présentation visait à déconstruire la vision traditionnelle de la souveraineté, souvent résumée au modèle de Hobbes où la loi interdit et punit, pour révéler des mécanismes de contrôle bien plus insidieux. À travers l'exemple historique du supplice de Damiens contrastant avec la minutie d'un règlement carcéral, il a illustré l'émergence d'une « anatomopolitique ». La prison y est décrite non comme un échec persistant, mais comme un véritable laboratoire capitaliste destiné à forger des corps dociles et utiles à la production.
L'attention de l'intervenant a ensuite été orientée vers l'interdépendance fondamentale entre le savoir et le pouvoir, qui engendrent ensemble un « régime de vérité », au sens foucaldien. L'intervention a souligné que des catégories comme la délinquance ou la sexualité ne préexistent pas à ces discours administratifs ou médicaux ; au contraire, elles sont façonnées par eux, amenant les individus à s'assujettir eux-mêmes. L'anecdote amusante concernant les piques adressées par Foucault à Herbert Marcuse a d'ailleurs détendu l'atmosphère de la salle, tout en illustrant la méfiance du philosophe français envers toute illusion de « libération sexuelle » affranchie du pouvoir.
Dans sa dernière partie, l’intervention a clarifié les concepts de « gouvernementalité » et de « biopouvoir », marquant le passage de la gestion des corps individuels à celle des populations entières via les statistiques et l'économie politique. Les exemples contemporains mobilisés, notamment le retour soudain aux techniques disciplinaires strictes (comme les quarantaines) lors du Covid-19 au sein même d'une ère néolibérale, ont vivement interpellé le public. Ces résonances très actuelles ont nourri les réflexions bien après la fin officielle de la présentation. Les échanges avec le public ont été particulièrement riches, prolongeant la réflexion sur le pouvoir foucaldien sous des perspectives variées.
Compte rendu : DOGANOK Kaan